Les murmures de l’atelier


Là où les mots dansent avec les couleurs.

La traversée


Je suis artiste et mon parcours est chargé de qualificatifs, de formations, de passages, de recherches, de chaos, d’exploits, de visions, d’expériences, de rencontres, d’explorations… mais avant tout, et surtout, d’amour et de foi.

D’amour, parce que je sais depuis toujours, comme quelque chose d’inexplicable, scellé au fond de mon cœur, que je suis artiste. Cette femme créative est là, en moi, elle peint, elle dessine, elle écrit… Elle est heureuse, elle est paisible. De foi, parce qu’elle est longtemps restée invisible… mais qu’un jour, elle a trouvé la confiance de prendre sa place.

J’ai longtemps tenté de faire taire cette femme, de la contrôler, de l’emprisonner sous d’autres masques pour éviter de la voir ou de la reconnaître. J’étais dans un déni face à cette partie de mon être, mais je sentais une lutte permanente dans mon for intérieur. Souvent, je contenais une rage que j’étouffais. Je voulais rentrer dans des cases : « être la salariée stable », « la mère modèle » ou « la femme d’un couple établi ». Chacun de ces rôles impliquait deux choses : une autre personne que moi, et moi en mouvement. En d’autres termes, j’étais dépendante des autres et dans le besoin permanent de « faire ». Je m’agitais pour le monde, je m’épuisais car j’avais peur du vide, je me battais contre mon sentiment permanent d’échec. Je m’oubliais.

Un jour, j’ai mis fin à tout ça, tout envoyé en l’air. J’ai fait valser ma vie sur une mélodie de colère mélancolique et lente. L’agitation, la tempête… et puis le vide. L’exploration des rues silencieuses et jonchées de débris, c’est ce qui marque un nouveau départ dans mon parcours. Pendant cette période, j’ai marché, beaucoup marché, chaque jour, et souvent dans le froid du matin, sans raison mais l’esprit libre.

En moi, dans mes rêves, j’étais artiste. Mais pendant longtemps, extérieurement, j’étais agitée à résoudre des problèmes d’ordre matériel et liés à mes peurs : peur du jugement extérieur, peur de perdre mon job, peur de ne pas avoir assez, peur de ne pas m’en sortir avec mes enfants, peur de ne pas être reconnue ou aimée…

Des peurs qui avaient beaucoup de sens quand je m’acharnais à faire, mais qui n’en ont plus aucun maintenant que je suis en paix, sur ces chemins, dans le silence de l’aube.

Marcher dans le vide était un exercice en soi.

Je marchais, sans itinéraire, seule et sans but. C’était méditatif, ça me calmait.

À marcher dans mon vide, j’ai compris que je devais être juste moi, et l’être avant tout pour moi-même. Je devais me reconnaître et m’écouter. J’ai trouvé ça très difficile dans cette société qui nous pousse à paraître plutôt qu’à être. J’ai dû prendre des décisions, m’affirmer malgré la colère qu’on me renvoyait et ne pas renoncer face aux regards ébahis. Je devais garder le cap dans des tempêtes intenses. Je devais être… être vulnérable, être triste, être solide, être déçue de moi, être agacée de m’être oubliée. Être là avec moi, juste être seule, accepter cette solitude violente et ne rien faire du vide et des silences. Et dans ces espaces suspendus, je me suis révélée être exactement qui je suis : l’artiste dans son atelier.

Elle était seule et triste, mais elle a pu commencer à vivre pour elle, s’affirmer, s’amuser et vivre dans l’amour d’elle-même et dans la satisfaction de ses gestes créatifs.

Dans ces espaces suspendus, j’ai aussi pu être cette femme dans l’apprentissage d’une posture, et qui devient chaque jour un peu plus stable. J’ai pu devenir la thérapeute, car utiliser mon histoire pour en faire quelque chose d’utile prenait chaque jour un peu plus de sens.

La tempête m’a appris que sur un terrain dévasté, on peut tout envisager. Avant ma tempête, je vivais perdue sous mes masques, dans la peur, sans amour et dans des dénis. Je répondais « je vais bien » à qui voulait l’entendre, et je ne pleurais jamais.

Hier encore, je marchais dans le brouillard, fatiguée par l’instant… prise par le froid.

Cœur glacé, enfoui, caché… et je réfléchissais à mon état. Du vide, je suis passée à « un entre-deux… », l’espace intermédiaire… Moins de vide mais beaucoup de brèches. Je me sentais à la fois très courageuse de maintenir ma traversée sans la fuir, mais au ralenti, souvent. Dans un besoin d’explorer encore et encore les rues vides et jonchées de débris. Je me sentais souvent comme cette plume qui atterrit sur le sol, de la douceur dans le mouvement… Perdue dans l’espace.

Puis le temps a fait son œuvre, et désormais je me sens si forte d’avoir appris à aimer ma solitude, à me sentir pleine dans mes grands vides. Je pleure souvent, pour mieux ressentir chaque passage. Ça me fait du bien. Je ris aussi beaucoup. J’ai souvent un pied dans la gratitude et l’autre dans mes désirs… le plus possible dans le champ des possibles.

Je suis artiste depuis toujours, mais pas que… Car aujourd’hui, je commence à voir tous mes bons côtés avec joie, amour et fierté. Et à force de mettre de l’amour sur le vide, et de la lumière sur les sols gelés du matin, je découvre des facettes de moi qui se révèlent avec évidence.

Souvent le matin, ma nature est belle désormais, abondante, et je connais bien les sentiers. Ils sont très changeants car la nature est ainsi faite. Incontrôlable… ainsi va la vie. Et dans le silence de ces chemins que j’ai apprivoisés, récemment, je me suis souvenue d’un carnet que m’avait offert une femme fabuleuse

« Dedans tu y écriras ta joie ! » m’avait-elle dit.

Alors je suis rentrée chez moi et j’ai fouillé dans mes tiroirs.
30 oct. 2021.
J’y avais écrit ma joie.
Une joie limpide, une certitude douce qu’un jour, j’accompagnerai des femmes et des hommes à s’aimer, à se retrouver, à se connecter à leur identité, à se construire une vie douce et des relations harmonieuses…

Un pied dans la gratitude et l’autre dans les désirs…
Faisons un bout de chemin ensemble.

Avec amour,

À propos

Entre les mots et les couleurs…

Je suis artiste et thérapeute. Les mots sont ma maison, le dessin est ma danse. Ici, je tisse des ponts entre art et conscience. Entre mes pinceaux et mes mots, je cherche à donner du sens, à apaiser, à inspirer.

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