…que la raison ignore ?
Je regardais les fines sandales qui valorisaient la finesse et la courbe de son pied. Jolie comme un cœur, sa beauté apparaissait comme un don naturel. Un souffle divin déposé sur son visage… Le coup de baguette magique offert par la bonne fée au-dessus de son berceau.
« Il y a des rencontres qui valent mille paysages. »
Jean-Michel Wyl
C’était une femme, une mère, je voyais qu’elle avait fait sa route, pris des ronces et des rosiers, mais il m’apparaissait sur ses traits que sa beauté traversait naturellement les saisons… elle subsistait.

« La beauté n’est pas dans le visage, elle est une lumière dans le cœur.»
Khalil Gibran
Elle était belle, et pourtant… je lisais qu’au fond d’elle, elle en doutait. Elle m’appelait de son regard. J’avais immédiatement perçu quelque chose qui me touchait ; peut-être un potentiel de douceur jusqu’alors inexploré car, certes, elle avait le pied fin mais, comme elle le disait elle-même en riant très fort, elle « défonçait des murs ».

Une ironie, comme un besoin de se rassurer, que de passer à côté d’une partie d’elle-même, était une banalité. Elle avait dû perdre sa douceur en cours de route. C’était plus fort que moi, j’avais toujours aimé voir les gens au-delà de l’armure. Je la contemplais à vouloir être une femme sans trop l’être ; vivre son féminin en apparence, mais sans engagement sur le long terme. Quand le soulier tombait au sol, le pied s’écrasait fermement dans la terre, prêt à envoyer des coups.




Elle avait fait une entrée théâtrale dans ma vie. Pour un soir comme pour une vie, peu importe… Elle m’avait fait tant rire ce jour-là, et rire est si précieux. Elle avait capté mon attention par ses éclats joyeux, je n’en demandais pas tant. Elle brillait sous les projecteurs. La scène lui appartenait. Le spectacle était émouvant. Nous avions beaucoup de scénarios communs ; je pouvais me lire en elle.
« Le rire est le plus court chemin entre deux êtres.»
Charlie Chaplin


Elle me rassurait avec son côté adroit en public. Moi, j’avais souvent été gauche en société. J’aimais mon atelier, j’en sortais peu. J’avais beaucoup protégé mon cœur. Pour prendre rendez-vous avec moi, il fallait y mettre du talent et de la conviction. Mais depuis quelque temps, quelque chose avait changé. J’avais décidé de changer. À force de me côtoyer, j’étais devenue ma propre meilleure amie. Toujours là pour moi, d’une fiabilité sans faille. Je savais sur qui je pouvais compter désormais et je ne craignais plus rien.
« Sans amis, nul ne choisirait de vivre, eût-il tous les autres biens.»
Aristote
Elle me semblait être ce que je ne suis pas. Je me reconnaissais dans ses ombres et je me projetais dans sa lumière. Et ce soir-là, éblouie par une émotion qui m’était étrangère, je me suis demandée s’il était possible de vivre un coup de foudre amical, moi l’éternelle amoureuse de ma solitude.

L’amitié avait-elle ses raisons que la raison ignorait ? Était-ce juste pour un soir ou bien pour une vie ?
Avec amour,


